Encyclopédie du gibier
Levraut
Le jeune du lièvre d'Europe (Lepus europaeus) : né à même le sol, poilu et les yeux ouverts, laissé seul la journée et allaité une fois par jour, au crépuscule.

Cet article traite du jeune du lièvre d'Europe. Pour l'espèce, voir Lièvre d'Europe ; pour le jeune du lapin, le lapereau, voir Lapin de garenne.
Définition et vocabulaire
Le levraut est le jeune du lièvre ; on écrit aussi « levreau ».[1] La mère est la « hase », mot emprunté à l'allemand Hase, qui signifie simplement « lièvre », et le mâle, dans la langue de la chasse, est le « bouquin », dérivé de « bouc ».[1] Le levraut n'est pas un « bébé lapin » : lièvre et lapin de garenne appartiennent à deux genres différents, et leurs jeunes viennent au monde de deux façons opposées. Le levraut naît précoce, couvert de poils et les yeux ouverts, dans une simple dépression du sol, et peut se déplacer peu après sa naissance ;[2][3] le lapereau, lui, naît nu et aveugle au fond d'un terrier (voir lapin de garenne). Cette naissance « tout habillé » commande toute la vie du levraut pendant ses premières semaines : immobilité, dispersion, et une seule visite de la mère par jour.
La naissance
Après une gestation d'environ six semaines, une quarantaine de jours selon les sources, la hase met bas deux à trois levrauts, deux à quatre selon d'autres sources ; elle peut avoir jusqu'à trois portées par an.[4][2] Les naissances ne se limitent pas au printemps : dans une colonie d'élevage suivie pendant seize ans à Vienne, des portées sont nées à toutes les saisons, avec en moyenne un peu moins de deux jeunes en hiver et un peu plus de deux en été.[3] Le lièvre ne creuse pas de terrier : les levrauts naissent dans un gîte, à découvert dans l'herbe ou une culture, puis la hase les répartit dans des gîtes séparés qu'elle a grattés dans le sol.[2] Leur poids à la naissance diminue quand la portée est plus nombreuse, et les levrauts d'une hase primipare sont plus légers que ceux d'une femelle qui a déjà mis bas.[3] La hase peut en outre concevoir la portée suivante avant d'avoir mis bas la précédente (superfétation), ce qui augmente jusqu'à 35 % le nombre de jeunes produits sur une saison.[5]

Une tétée par jour
La hase ne reste pas avec ses petits. Elle ne les rejoint qu'une fois toutes les vingt-quatre heures, en général environ une heure après le coucher du soleil, et ne reste avec eux qu'environ cinq minutes, le temps de la tétée.[2] Les chercheurs qui élèvent des lièvres reproduisent ce rythme : parce que les levrauts ne sont allaités qu'une fois par jour dans la nature, ils ne sont réunis avec leur mère qu'une heure par jour.[3] Le reste du temps, chaque levraut reste seul et caché ; il en va ainsi jusqu'au sevrage, pendant le premier mois de sa vie.[2] Une clinique vétérinaire de la faune sauvage décrit, elle, une à deux visites par jour, au petit matin et très tard le soir.[4] Les sources concordent sur l'essentiel : la mère est absente presque toute la journée, et un levraut seul n'est pas un levraut abandonné.
Croissance et sevrage
La croissance du levraut est spectaculaire. Dans une étude menée sur des lièvres d'élevage, les levrauts ont multiplié leur poids par 8,5 en moyenne en 35 jours, avec un pic de croissance relative vers le huitième jour.[6] Ils commencent à grignoter des végétaux dès la deuxième semaine, mais le lait reste leur principale source d'énergie pendant toute la lactation ; les levrauts nés dans une portée de deux ou trois reçoivent moins de lait que les jeunes nés seuls et mangent davantage de végétaux.[6] Dès le premier jour, ils maintiennent une température corporelle normale jusqu'à −8 °C : cette autonomie thermique a un coût énergétique élevé, que les auteurs relient au déclin du lièvre quand la nourriture manque et que le froid dure.[6] Le sevrage intervient vers quatre à cinq semaines, durée observée en élevage et comparable à celle de la nature ; la clinique vétérinaire de Toulouse indique cinq à huit semaines.[3][4] Le cartilage de croissance du poignet disparaît ensuite progressivement : l'ossification est déjà complète chez 15 % des lièvres de cinq mois et demi et chez presque tous ceux de plus de dix mois et demi.[7]
Survie et causes de mortalité
La plupart des levrauts ne survivent pas à leur premier mois. En Suisse, 63 levrauts sauvages équipés d'émetteurs ont été suivis chaque jour : leur probabilité de survivre au premier mois n'était que de 18 %. Les renards, les mustélidés, les rapaces, les chats et les chiens figuraient parmi les prédateurs identifiés, les machines agricoles étaient un autre danger, la pluie réduisait la survie et les milieux de lisière l'amélioraient.[8] Une autre expérience, menée en grande culture avec de faux levrauts, a abouti à une survie de 22 % après quatorze jours ; la prédation était surtout le fait de mammifères (53 %, le renard en tête) et d'oiseaux (41 %), les travaux agricoles comptant pour 6 % des pertes.[9] En élevage, à l'abri des prédateurs, la mortalité des levrauts pendant la lactation atteint encore 34 % en moyenne.[3] Les maladies jouent aussi un rôle : dans le nord de l'Allemagne, les jeunes étaient plus nombreux que les adultes parmi les lièvres trouvés morts, et presque tous les animaux examinés portaient des coccidies (Eimeria).[10]
Jeune ou adulte : le tubercule de Stroh
Pour savoir si la reproduction de l'année a réussi, les chasseurs estiment la proportion de jeunes parmi les lièvres prélevés.[7] La méthode la plus répandue repose sur un épaississement du cubitus (ulna) juste au-dessus du poignet : chez le jeune, le cartilage de croissance n'est pas encore ossifié et forme une bosse que l'on cherche du pouce. Ce critère est connu sous le nom de « signe » ou « méthode de Stroh », d'après une publication de 1931.[11] La méthode de référence reste la pesée du cristallin de l'œil, mais elle demande plusieurs semaines.[7] Une étude de l'ONCFS (aujourd'hui OFB) menée avec six fédérations départementales des chasseurs sur près de 700 lièvres a montré les limites de la palpation : les erreurs varient beaucoup d'un opérateur à l'autre, et l'erreur sur le pourcentage de jeunes a dépassé 10 % pour un tiers des opérateurs testés. La radiographie du poignet est nettement plus fiable.[7] Comme le cartilage disparaît entre cinq mois et demi et dix mois et demi, une partie des jeunes nés tôt dans la saison ne peut plus être reconnue à l'automne : un peu plus de 5 % des jeunes au 1er octobre et de l'ordre de 15 % au 1er novembre, en moyenne.[7]
Un levraut seul n'est pas abandonné
Trouver un levraut seul dans l'herbe, un jardin ou un champ est normal : sa mère ne revient le voir qu'au moment de la tétée.[2][4] Mieux vaut observer la situation de loin avant de toucher quoi que ce soit : un levraut qui paraît en bonne santé a probablement sa mère à proximité, et il ne faut pas le toucher.[4] S'il paraît blessé, épuisé ou affamé, il faut appeler le centre de soins pour la faune sauvage le plus proche, qui dira quoi faire.[4] Le recueillir pour l'élever chez soi n'est pas une solution : un animal sauvage n'est pas un animal de compagnie, et la détention d'une espèce non domestique est réglementée.[4] Si l'on doit le manipuler, sur les conseils du centre de soins, on porte des gants et on limite les contacts au strict minimum.[4]

Levrauts et travaux agricoles
Face au danger, le levraut s'immobilise au lieu de fuir : c'est sa défense contre les prédateurs, mais elle ne le protège pas d'une faucheuse.[12] Dans une étude du réseau Agrifaune en Ille-et-Vilaine, sur 369 hectares de luzerne fauchés à 20 km/h, 16 % des lièvres présents ont été tués en moyenne à chaque coupe, soit environ 7 lièvres pour 100 hectares, alors que la luzerne est fauchée trois à quatre fois par an.[12] Plusieurs pratiques limitent ces pertes : faucher de l'intérieur vers l'extérieur de la parcelle (fauche centrifuge) ou par bandes, pour ne pas piéger les animaux au centre ; rouler à moins de 10 km/h, surtout près des lisières ; relever la hauteur de coupe ; éviter le travail de nuit ; équiper la machine d'une barre d'effarouchement qui pousse les animaux à fuir.[12] Agrifaune, programme créé en 2006, réunit l'OFB, Chambres d'agriculture France, la FNSEA et la Fédération nationale des chasseurs pour développer ces pratiques favorables à la faune.[13]
Chez GIBIS
GIBIS élève des lièvres d'Europe dans des parcs enherbés à Chatte, en Isère, pour le repeuplement des territoires de chasse ; ils sont présentés sur la page nos lièvres. Les photographies de cet article montrent des levrauts sauvages et non nos animaux. Cet article reste indépendant de l'offre : il documente le jeune du lièvre sauvage, sa biologie et sa survie, sans visée commerciale.
Références
- ↑Wiktionnaire, articles « levraut », « hase » et « bouquin », fr.wiktionary.org, et Larousse, *Dictionnaire de français*, article « levraut » (« jeune lièvre »), larousse.fr, consultés en 2026.
- ↑Thompson P., « Species of the month: March — Brown hare », Game & Wildlife Conservation Trust (GWCT), 2009, gwct.org.uk, consulté en 2026 — portées, levrauts nés poilus et les yeux ouverts, gîtes séparés, une tétée par 24 heures d'environ cinq minutes, environ une heure après le coucher du soleil.
- ↑Schai-Braun S. C., Steiger P., Ruf T., Arnold W. & Hackländer K., « Maternal effects on reproduction in the precocial European hare (*Lepus europaeus*) », *PLOS ONE*, vol. 16, e0247174, 2021 — colonie d'élevage de Vienne (1989-2004) : taille des portées par saison, poids à la naissance, allaitement une fois par jour, sevrage à quatre-cinq semaines, mortalité pendant la lactation.
- ↑École nationale vétérinaire de Toulouse, Clinique faune sauvage, fiche espèce « Le lièvre d'Europe », 2023, envt.fr, consultée en 2026 — gestation, portées, sevrage, conduite à tenir devant un levraut trouvé seul.
- ↑Roellig K., Goeritz F., Fickel J., Hermes R., Hofer H. & Hildebrandt T. B., « Superconception in mammalian pregnancy can be detected and increases reproductive output per breeding season », *Nature Communications*, vol. 1, art. 78, 2010 — superfétation chez *Lepus europaeus*, jusqu'à 35,4 % de jeunes en plus par saison.
- ↑Hackländer K., Arnold W. & Ruf T., « Postnatal development and thermoregulation in the precocial European hare (*Lepus europaeus*) », *Journal of Comparative Physiology B*, vol. 172, 2002, p. 183-190 — croissance, alimentation solide, thermorégulation des levrauts.
- ↑Grandière D., Guitton J.-S., Fuselier M., Mauvy B. & Péroux R., « La radiographie : plus fiable que la palpation pour déterminer l'âge des lièvres », *Faune Sauvage* (ONCFS), n° 286, novembre 2009, ofb.gouv.fr — étude menée avec les FDC 03, 42, 43, 49, 63 et 69.
- ↑Karp D. & Gehr B., « Bad hare day: very low survival rate in brown hare leverets », *Wildlife Biology*, 2020 (2), wlb.00645 — 63 levrauts suivis par radiotélémétrie en Suisse.
- ↑Cukor J., Riegert J., Krivopalova A., Vacek Z. & Šálek M., « The low survival rate of European hare leverets in arable farmland: evidence from the predation experiment », *PeerJ*, vol. 12, e17235, 2024 — expérience de prédation sur leurres en République tchèque.
- ↑Faehndrich M. et al., « Status of infectious diseases in free-ranging European brown hares (*Lepus europaeus*) found dead between 2017 and 2020 in Schleswig-Holstein, Germany », *Pathogens*, vol. 12, n° 2, art. 239, 2023.
- ↑Stankevičiūtė J., Pėtelis K., Baranauskaitė J. & Narauskaitė G., « Comparison of two age determination methods of the European hares (*Lepus europaeus* Pallas, 1778) in Southwest Lithuania », *Acta Biologica Universitatis Daugavpiliensis*, vol. 11, n° 1, 2011, p. 22-28 — méthode de Stroh (ossification de l'ulna, Stroh 1931).
- ↑Agrobio 35, fiche biodiversité n° 3 « Fauche sympa : épargner la faune lors des travaux de récolte », 2023, agrobio-bretagne.org — étude Agrifaune 35 de 2010 sur la fauche de la luzerne, pratiques de fauche recommandées.
- ↑Office français de la biodiversité, page « Agrifaune », ofb.gouv.fr, consultée en 2026 — programme créé en 2006 par l'OFB, Chambres d'agriculture France, la FNSEA et la FNC.
Voir aussi
Galerie
- Lièvre d’Europe sauvage, photo d’illustration (pas un animal de l’élevage GIBIS) : Iwona Kałuzińska, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
- Lièvre d’Europe sauvage, photo d’illustration (pas un animal de l’élevage GIBIS) : Cindy kuiphuis, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Voir aussi
Une question sur le levraut ?
Cet article fait partie de l'encyclopédie du gibier de GIBIS, éleveur à Chatte (Isère) depuis 1951. Pour une question sur l'espèce, l'équipe répond par téléphone ou par e-mail. Pour un levraut sauvage blessé, appelez d'abord un centre de soins pour la faune sauvage.