reportageInfochasse mag' n° 71 · janvier 2026 · p. 22-23
Opération faisandeaux : lâcher tôt pour chasser mieux
La chasse au petit gibier, notamment à plumes, connaît un désintérêt croissant. La baisse des populations de lapins et l'artificialisation des lâchers expliquent en partie ce recul. Pour redonner un second souffle à cette pratique, la FDCI mise sur l'introduction de jeunes faisans dès l'été, mieux adaptés au biotope.
Sébastien BLANCHARD et Anthony VALDIVIA, techniciens FDCI
Les lâchers à repenser
Les lâchers réalisés à proximité de l'ouverture montrent aujourd'hui leurs limites, leur intérêt cynégétique comme leur acceptabilité sociale étant parfois discutés. En revanche, l'introduction plus précoce (entre fin juillet et début août) de faisandeaux (âgés de 14 à 16 semaines) plutôt que de faisans apparaît comme une alternative plus vertueuse, à affiner au fil des expérimentations.
Le profil des oiseaux
Depuis 20 ans, les croisements ont montré certaines limites : oiseaux trop petits, peu mobiles, incapables de voler. Les éleveurs développent désormais la souche « Strauch », plus naturelle et vive.
L'éleveur Meyer explique : « Au fil des saisons, nous travaillons sur la sélection des oiseaux, afin d'obtenir un faisan bien adapté au territoire, sédentaire mais assez mobile pour se reproduire et résister à la prédation. Nos oiseaux sont élevés en grandes volières, nourris avec les céréales de l'exploitation pour les habituer à une nourriture présente dans la nature. »
Des faisandeaux aux petits soins
L'éleveur Gibis souligne l'importance d'un élevage au plus près des conditions naturelles : « Nous proposons des faisans de 14 semaines issus de sa souche exclusive Pur Chasse®, adaptés immédiatement au milieu naturel. Élevés aux insectes vivants, ils développent instinct sauvage, vigilance et rusticité. Ils grandissent dans des volières naturelles de 0,8 à 1 ha, sans lumière artificielle ni présence humaine. Un nourrissage au sol favorise leur autonomie, complété par des séances d'effarouchement hebdomadaires.
Les avantages des lâchers estivaux
Ces lâchers estivaux fixent les oiseaux sur le territoire, les rendant plus aptes à se défendre. L'éleveur Gibis confirme : « Les retours des ACCA et chasses privées sont positifs : oiseaux combatifs, encore présents en fin de saison et observés en nichées l'année suivante. »
Adapter les aménagements
Pour Mathieu BERGER, président de l'ACCA Les Avenières, l'opération faisandeaux est une réelle réussite : « Avec plus de dix ans d'expérience et trois de baguage, l'analyse des données nous permet d'adapter nos actions : choix et diminution des points de lâchers, cultures à gibier, agrainoirs, abreuvoirs, parcs de prélâchés, régulation des ESOD… »
L'éleveur Meyer confirme l'importance de ces ajustements : « La mise en place des volières de prélâcher, l'agrainage et les points d'abreuvement améliorent l'implantation du jeune gibier. Certains clients ont vu leur taux de retour de bagues multiplié par deux grâce à ces aménagements. »
De son côté, Emmanuel Marcel, président de l'ACCA de Beaucroissant, insiste sur la dimension collective : « L'opération faisandeaux représente une opportunité de renforcer nos actions. Elle sensibilise à une gestion responsable et durable. Nous sommes fiers d'y participer depuis plusieurs saisons et d'en constater les effets positifs. Elle valorise le travail des bénévoles et crée une dynamique fédératrice au sein de notre ACCA. »
Travailler à grande échelle
Même si la FDCI reconnaît que l'expérimentation doit encore être améliorée et que le travail engagé avec les éleveurs doit se poursuivre, la réussite passe par une mobilisation plus large. Les éleveurs Meyer et Gibis en sont convaincus : « Plus les participants seront nombreux, meilleurs seront les résultats. Une couverture plus importante du territoire favorisera l'implantation des oiseaux. L'implication et l'information des chasseurs restent essentielles à la réussite de cette opération. »
« Suivie depuis trois ans, l'opération faisandeaux nous apporte des données précieuses sur la survie des oiseaux et leur implantation sur le territoire. Les retours de bagues sont indispensables pour estimer le taux de reprise. Ils révèlent un brassage et une dispersion conséquents des individus. Ces axes de travail seront déterminants pour retrouver une chasse du petit gibier digne de ce nom en Isère. Non, la chasse du faisan en Isère n'est pas près de s'arrêter ! Cette opération illustre ce que nous faisons et pouvons encore accomplir sur le département. »
PDF · 2 pages · 4,3 Mo — pages 22 et 23 du magazine

